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Les pays développés entre laïcité et héritage religieux

vendredi 22 avril 2011, par comitecic

Les propositions sur la laïcité ne sont pas très passionnantes. C’est normal, la laïcité est une notion qui nous semble ennuyeuse.

Et même plus : la laïcité n’est-elle pas l’une des causes du mal-être de notre pays ? Plusieurs pays traversent, comme la France, une crise d’identité, et l’un de leurs points communs est peut-être la mise à l’écart de la scène politique de la religion historique.

Le Japon, le Canada, les Pays-Bas, mais également l’Allemagne (sauf la Bavière), la Finlande, peut-être l’Irlande, et sans doute d’autres pays développés sont comme la France marqués par une montée du nationalisme qui nous semble la plus mauvaise réponse à un problème bien réel : celui de l’identité.

L’origine de la mise à l’écart de la religion peut différer selon les pays :

- en France c’est le résultat du conflit entre les démocrates et les catholiques attachés à la monarchie, depuis 1789 ;

- au Japon et en Allemagne, la négation des origines religieuses remonte peut-être à la défaite de 1945, les survivants ayant rejeté l’eau religieuse avec le bébé nationaliste ;

- le Canada est le seul pays d’Amérique à ne pas valoriser la religiosité du pionnier ;

- en Hollande et Finlande, il y a sans doute une application maximaliste de la religion réformée, qui conduit à faire de la religion une pratique absolument privée ;

- enfin, en Irlande, la brutalité du développement économique depuis l’adhésion à l’Union européenne a certainement mis à mal la culture historique du pays (un peu comme dans la France la brutalité de la révolution de 1789).

Dans la période actuelle où la plupart des habitants des pays développés se mettent à la recherche de leurs racines pour affronter un quotidien de plus en plus mouvant et exigeant, ces pays se trouvent en position de faiblesse.

Il est possible que, à un moment du développement économique et démocratique d’un pays, la remise en cause de l’institution religieuse permette de mieux discerner ce qui revient à Dieu et ce qui revient aux hommes. Les églises elles-mêmes ont vécu périodiquement des tensions, lorsque, récupérées par les institutions en place, il leur fallait revenir aux sources et au parler vrai.

Mais, on le voit bien dans les crises actuelles, la remise à cause du principe même de la communauté religieuse conduit les pays trop laïcisés à une résurgence du communautarisme nationaliste. Mieux vaut une remise en cause de la communauté religieuse visant à faire changer ses pratiques.

On peut même penser que la vitalité de la communauté religieuse d’une nation lui donne une capacité à cohabiter avec d’autres communautés religieuses. Et à ce titre il serait malheureux de confondre les mouvements néo-nationalistes du type français et hollandais aux courants politiques attachés aux racines chrétiennes de l’Europe.

Ce n’est pas nécessairement par xénophobie que les Suisses refusent les minarets. En revanche, les propos antisémites, anti-musulmans, et à la limite anti-chrétiens des néo-nationalistes ne font pas mystère de leurs désirs de destruction.

Savoir cohabiter, c’est aussi savoir dire ce que l’on pense à son voisin. Et il n’est pas besoin d’un prétexte théorique comme la laïcité pour le faire. Mieux vaut dire la vérité : l’Europe est une nation chrétienne, elle accepte sur son sol toutes les religions à condition qu’elles soient suffisamment discrètes, comme le sont les chrétiens eux-mêmes en règle générale (quand ils l’oublient on se charge de les rappeler à l’ordre).

Des mots simples et vrais font parfois du bien à ceux qui les disent et à ceux qui les entendent. Pourquoi s’en priver ?

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