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Entre Cité libre et Empire autoritaire, la fédération

mardi 24 mai 2011, par comitecic

C’est le libéralisme européen, qui prévaut chez les élites de droite comme de gauche, qui détruit les nations et fait du projet européen une coquille vide. Le libéralisme, autre nom de l’esprit critique, est la marque des Etats-nations européens, l’antidote à des structures politiques peut-être trop parfaites.

Le grand philosophe Pierre Manent identifie bien le beau visage de l’Etat-nation : l’autorité de l’Etat aide les individus à se construire, à se libérer de leurs limites individuelles,en leur proposant un idéal qui les dépasse. La fédération européenne ne peut se faire en détruisant les Etats-nations.

Mais aujourd’hui, après plusieurs centaines d’années d’existence, les limites des Etats-nations européens sont connues de tous. Ce n’est pas seulement le résultat des guerres qu’ils ont menées au mépris des individus. C’est l’effet pervers d’un système ayant finalement trop bien réussi, dont les enfants deviennent finalement des enfants gâtés, et se retournent contre leurs parents.

C’est pourquoi la fédération a sans doute un avenir en Europe. Certainement, elle n’apporte pas à l’individu l’identité qu’incarne l’Etat-nation : elle est plus lointaine, plus théorique. Elle est aussi moins efficace en apparence car fondée sur de savants équilibres des pouvoirs. C’est pourquoi elle doit s’appuyer sur les cultures nationales, les valoriser.

Mais la fédération a une meilleure capacité à engager le dialogue entre le politique et le religieux, que l’Etat-nation cherche en permanence à réunir de façon autoritaire, au risque de priver l’homme de la foi. L’équilibre entre foi et réalisme est pourtant indispensable à l’achèvement de l’identité individuelle, qui ne se résume jamais à l’identité nationale.

Pierre Manent, appliquant les méthodes en vigueur dans les élites européennes, reste très silencieux sur cette nouvelle forme politique qu’est la fédération : elle lui apparaît comme une solution trop simple - ou trop complexe. Il y a eu l’empire, venu d’Orient et balayé à la fois par la cité et par l’église, racines de l’Europe. Et si la fédération européenne, imaginée par Mazzini, dans Foi et avenir surmontait ce dualisme, et réconciliait pour la première fois l’église et la démocratie ?

Les sociologues européens montrent, sans s’en inquiéter, que les repères nationaux sont en déclin (voir Henri Mendras). Dans les Etats-nations d’aujourd’hui, l’exclusion du sentiment religieux de la sphère politique ne peut qu’aboutir à ce reniement de l’Etat-nation par son produit, l’individu.

Il ne s’agit pas de critiquer le réalisme, principe même de l’Etat-nation et source de la science que l’Europe continue de dominer avec fierté. Mais simplement de constater que, ce réalisme s’est retourné contre l’Etat-nation : ce défaut dans l’achèvement de l’individu résultant de la privation du religieux ne conduit-il pas à un défaut dans l’achèvement de la société, dans lequel l’individu ne demande qu’à s’en gouffrer ?

De sorte que la fédération, que les nationalistes rejettent comme un vestige de l’empire des Habsbourg, ce qu’elle est en effet, mais parce que cet empire n’était déjà plus un empire, est capable d’aller plus loin que tous les Etats-nations réunis. Non pas parce qu’elle peut faire vivre ensemble un plus grand nombre de personnes que les Etats-nations (la paix n’est pas une fin en soi), mais parce qu’elle les fait vivre plus étroitement unis que ne le faisaient les Etats-nations : elle est tout simplement moins individualiste.

L’Europe n’y perdra-t-elle pas une partie de son excellence ? Non, car les individus s’y achèveront mieux, grâce à l’esprit collectif plus fort qui les animera.

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