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Comment être béni ?

dimanche 26 janvier 2014, par comitecic

Les premiers livres de la Bible révèlent à travers les traditions portant sur les premiers temps d’Israël la façon dont la lignée d’Abraham a obtenu la bénédiction divine. Cet enseignement est destiné à chacun de nous, puisqu’il nous montre comment il est possible de recevoir la bénédiction de Dieu.

Il ne s’agit pas de donner une technique infaillible pour être béni : la bénédiction donnée à Abraham, Isaac, Jacob et Joseph est présentée comme véritablement venue de Dieu, et non de leurs propres forces. Chacun d’eux a d’ailleurs conscience de cela. Mais il y a bien plus encore : leur entourage, y compris les peuplades étrangères qui ne croient pas en Iahvé, prennent conscience de la force du Dieu des Juifs à travers eux.

Ainsi, la bénédiction qu’ils obtiennent par leur fidélité rejaillit sur tout le peuple de Iahvé. Cela se voit particulièrement dans les épisodes où des rois étrangers accueillent les ancêtres du peuple hébreu : Melchisédech le premier, qui félicite Abraham après sa première victoire, puis les Amalécites qui font la paix avec Isaac, et enfin le Pharaon qui prend Joseph comme administrateur de ses biens.

Ces récits sont étonnants tant ils tendent à démontrer que c’est toujours par Dieu qu’Israël obtient la bénédiction, et « non par puissance ni par force » (Zacharie 4). Leur vérité tient peut-être à cela : ils ne sont pas une histoire officielle à la gloire des chefs d’Israël. Même la naissance des héritiers est due à Dieu : elle s’opère à travers la femme stérile, celle qui est rejetée (Psaume 117), celle que le chef de famille présente comme sa sœur parce qu’elle n’a pas d’enfant, et à quoi il doit finalement sa survie puis sa lignée.

C’est précisément en ne protégeant pas sa propre femme (mais en la laissant à la protection de Dieu) que l’homme béni suscite l’admiration des rois étrangers et obtient leur alliance. Cela ne signifie pas que la bénédiction soit donnée sans qu’un effort surhumain soit fait pour l’obtenir : cet effort, c’est l’humilité, dépassement de soi tourné vers l’autre, qui se manifeste particulièrement pour chacun des premiers hommes bénis par Dieu :

- Abraham abandonne tout pour suivre Iahvé, et il lui donne son fils, comprenant ainsi que Dieu ne demande pas de sacrifice mais le don désintéressé de ce que l’on a de plus cher,

- Isaac parvient à survivre en Palestine malgré la sécheresse et l’hostilité des Philistins qui ferment les puits creusés par son père : il obtient la reconnaissance par son obstination à rouvrir chacun des puits ainsi refermés,

- Jacob obtient la bénédiction par la ruse alors que son frère est préféré par son père, puis se réconcilie avec lui après son long séjour chez son beau-père Laban,

- enfin Joseph, que son père préférait sans que cela soit justifié, doit abandonner le vêtement de lumière fait pour lui uniquement par préférence, pour obtenir, par son talent, de réunir en Egypte, autour de lui, les douze tribus de Jacob-Israël son père.

Le souci constant de ces hommes bénis est de ne pas créer de tension, que ce soit entre les hommes, ou avec Dieu. Ce souci correspond à la nature profonde de Dieu, « lent à la colère », qui demande la fidélité sincère plutôt que les sacrifices théâtraux.

On ne peut que le reconnaître : cette représentation de la bénédiction reste actuelle. Dans nos démocraties européennes, l’opinion sanctionne tout autant les dirigeants qui prétendent régner par leur propre force que ceux qui n’ont pas le courage de prendre les mesures qu’impose la conduite des affaires. Et gardons-nous de penser que cette sagesse populaire traduirait une vision superficielle et utilitariste du pouvoir : ce sont précisément les souverains qui pensent fonder leur autorité sur la satisfaction des besoins matériels des hommes qui subissent les plus grands désaveux.

Le confort matériel d’une population traduit bien la qualité des politiques menées par ses dirigeants - cela a été de tout temps. Mais ce qui peut être perçu comme une bénédiction crée de la mauvaise conscience si les politiques menées pour l’obtenir manquent d’humilité : c’est cette mauvaise conscience qui peut plonger les sociétés les plus avancées dans la décadence.

Il y a pourtant des massacres dont il est difficile d’accepter le lien avec la bénédiction divine. Certes, ils interviennent tout autant contre les rebelles à la volonté divine au sein même d’Israël, que contre les peuples qui n’écoutent pas la volonté de Dieu d’installer Israël dans son pays. Ces massacres :

- ne sont pas cachés ni vantés, ils sont la marque de l’Histoire telle que conçue de façon rationnelle par la suite par les Grecs mais qui ne l’ont pas inventée,

- sont décidés par les hommes bénis : ceux-ci ne rejettent pas leur responsabilité sur la volonté divine, ils engagent au contraire leur vie et celle de leur peuple dans ce massacre et acceptent le châtiment qui peut en résulter.

Dans ce domaine, la perversité absolue des régimes totalitaires du XXe siècle n’a-t-elle pas résidé en cela : prétendre qu’ils étaient faits, que ce soit au nom de Dieu, de l’Histoire ou du Bonheur, et non par la volonté de ceux qui les ont perpétrés ?

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