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Jésuites, Jansénistes, et Quiétistes : des débats d’aujourd’hui

dimanche 2 mars 2014, par comitecic

La querelle entre Jésuites, Jansénistes et Quiétistes, finalement tous trois condamnés par la monarchie absolue française, pose des questions qui nous semblent rester d’actualité en France, notamment pour ce qui concerne la conduite spirituelle des dirigeants, que visaient ces courants.

On connaît bien l’opposition entre Jansénistes et Jésuites, tout aussi intransigeants l’un que l’autre sur la nature des devoirs mais en désaccord sur la sévérité à avoir face aux inconduites. Tocqueville remarquait d’ailleurs que la monarchie française était beaucoup plus clémente que la démocratie américaine dans l’application de la loi, ce qui n’a pas changé.

On sait en revanche moins que le courant quiétiste s’est constitué de façon dissidente face aux deux courants jésuite et janséniste, précisément pour mettre l’accent sur la relation avec Dieu et non sur la conduite. Il est peut-être à l’origine des courants charismatiques apparus au sein du monde anglo-saxon et désormais présents jusque dans l’Eglise catholique.

La clé des débats entre ces courants est peut-être à trouver dans la conception du "moi" qu’ils véhiculent. L’âge classique (dont jésuites et jansénistes sont partie prenante) avait fortement critiqué la vision du "moi" bucolique véhiculée par les romans sentimentaux de la Renaissance. Cette conception classique du moi reste d’actualité, dans notre société où l’effort individuel est valorisé - et c’est heureux.

Cependant, la conception opposée qui est celle du quiétisme peut paraître aujourd’hui plutôt complémentaire, comme l’était le Nouveau Testament par rapport à l’Ancien : elle donne un sens nouveau sans contredire l’exigence classique. Ainsi, le "moi" tant décrié par jésuites et jansénistes (détestable, inspirant la défiance absolue,...) est pour les quiétistes légitime dès lors qu’il est fondé dans la relation à Dieu.

Il ne faut pas sous-estimer l’extraordinaire nouveauté d’une telle approche : à notre connaissance il n’existe pas de réflexion plus structurée sur l’unité de la personne, et donc sur le fondement même de notre société. L’ordre d’une société fondée sur la liberté individuelle vient, selon cette vision, de la capacité de chacun à entretenir et développer sa vie intérieure, dans un détachement complet à l’égard des conditions matérielles.

Pour parachever la négation du "moi", nécessaire à l’abstraction et donc à l’organisation de notre société, il faut aussi s’extraire de la réalité matérielle elle-même : sinon même les avancées de la science et de la technique se révèleront des outils de domination de ceux qui les maîtrisent.

Dans ce courant très "féminin" du quiétisme, Fénelon ayant trouvé de l’écho principalement auprès de femmes lettrées, on trouvera selon nous un début de solution à l’opposition entretenue dans notre pays plus que dans d’autres entre la loi et la psychologie individuelle, l’intérêt général et l’intérêt personnel.

Il nous semble que cette opposition est tout simplement dépassée. S’il est vrai que ce sont les débats théologiques du temps de Louis XIV qui ont imprégné cette opposition, on peut espérer que la solution théologique de ces problèmes, que la monarchie absolue puis les révolutions n’ont pas vue, voire ont niée, apporte aussi la solution aux contradictions de notre époque.

On comprend mal selon nous les débats entre Jansénistes, Jésuites et Quiétistes si on ne les expérimente pas personnellement comme des débats fondateurs de l’homme moderne.

Bibliographie : L’abandon à la Providence divine, de Jean-Pierre de Caussade, Explication des maximes des saints sur la vie intérieure de Fénelon, Provinciales de Pascal, Instruction sur les états d’oraison de Bossuet.

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