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Le Spiderman cornélien de Sam Raimi

dimanche 26 avril 2015, par comitecic

Avec les films de super-héros, Hollywood nous surprend à nouveau.

Première surprise : avoir tant tardé à utiliser les personnages fabuleux de Marvel pour créer des blockbusters. Il aura fallu plus de quarante ans pour cela, le génie précurseur de Richard Donner puis de Tim Burton ayant ouvert une porte utilisée beaucoup plus tard. Il est vrai que ce temps n’a pas été perdu puisque ces films sont, pour certains, des films de maturité et, dans tous les cas, exploitent toutes les possibilités des effets spéciaux numériques.

Deuxième surprise : Certains des films de super héros sont véritablement des films d’auteur, y compris dans leurs différents épisodes successifs. Les meilleurs réalisateurs y développent, à partir des effets spéciaux, leur esthétique (le gros plan de Bryan Singer), leur morale (le propos ouvertement chrétien de Sam Raimi), qui les élèvent au-dessus du cinéma de genre tout en touchant un large public, plutôt adolescent et adulte qu’enfantin.

Dans le premier volet de la saga Spiderman, Sam Raimi décrit l’itinéraire intérieur de son héros vers la prise de conscience de ce qu’il est : personnage doué mais timide, sa réserve l’empêche même en tant que super-héros d’être pleinement reconnu (cela le préserve d’une gloire fragile) ; jeune homme manquant d’assurance, il ne sait bien sûr pas utiliser son extraordinaire pouvoir pour trouver l’âme sœur.

Au contraire, le double personnage de Peter Parker lui interdit en réalité l’amour : la belle Mary Jane aime d’abord, à son détriment, le héros inaccessible puis, quand elle lui avoue son amour, il ne peut que le refuser : celle qui l’aime sera toujours exposée à la violence des ennemis de Spiderman ("tu as choisi la souffrance" lui dit le Bouffon vert).

Il faut se garder de sous-estimer la complexité du film de Sam Raimi, au motif qu’il serait un "faiseur" de films d’horreur, même excellents. Hollywood a toujours trouvé ses génies dans les films de genre élevés à l’universel par le talent du réalisateur éprouvé sur le métier, depuis Charlie Chaplin jusqu’à Woody Allen en passant par Michael Curtiz.

Avec Spiderman, Sam Raimi pose la question cornélienne du choix entre les responsabilités et le bonheur personnel. Le Bouffon vert pose clairement cette question en demandant à Spiderman de choisir entre le sauvetage de la télécabine remplie d’enfants et celui de Mary Jane.

Ce qui pourrait n’être qu’une référence littéraire prend chair dans la complexité du personnage. Alors que Mary Jane, sortant de l’adolescence, parvient à choisir d’aimer la réalité et non l’imaginaire, Peter refuse le bonheur qui lui était enfin offert , mais par là même s’affirme - revanche sur ses propres hésitations (il avait dit à MJ l’aimer parce qu’elle lui paraît inaccessible) - et rend possible une décision plus mûrement réfléchie que ce n’est souvent le cas dans les films. Une véritable histoire d’amour se révèle.

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