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L’Eglise aux mains sales, c’est aussi l’Eglise qui ose l’entreprise

mercredi 1er février 2017, par comitecic

Depuis le 19e siècle, l’enseignement dit « social » de l’Eglise vise à donner une lecture spirituelle des enjeux économiques et sociaux de l’industrialisation, phénomène considéré comme caractéristique de notre temps. L’industrialisation, les « rapports de production », marquent encore l’opposition droite-gauche des démocraties occidentales.
Les médias cherchent naturellement à caractériser les papes d’après ce prisme. Certes, l’Eglise comme toute communauté humaine est marquée par les courants idéologiques qui touchent à la profondeur des convictions personnelles. Du fait de ces clivages bien réels en son sein, l’Eglise serait, selon ces mêmes médias, en devoir de fonctionner comme une démocratie.
Une telle vision ne rend pourtant pas compte de la réalité de l’Eglise. Les débats bien réels depuis les origines du christianisme, y compris sur le partage de la richesse, n’ont pas vocation à revêtir un caractère partisan : ils visent à approcher autant que possible la vérité des relations humaines que l’enseignement du Christ, avant de transformer, veut révéler dans leur grandeur comme dans leur misère.
Dans cette tradition, le pape François insiste sur les contradictions naturelles de la vie humaine : si la création de la richesse est nécessaire pour pouvoir partager, elle n’est pas en elle-même porteuse de solidarité, on voit même souvent le contraire se produire. Ainsi, le développement économique, indispensable à toute société, ne peut par lui-même renforcer les relations humaines.
Les initiatives de lutte contre la pauvreté qui fonctionnent sont bien basées sur l’entreprise dite « solidaire ». Ce concept est important car il révèle la dimension éthique de l’entreprise. Et celle-ci va bien au-delà du seul secteur de l’économie solidaire puisqu’une entreprise est avant tout une communauté humaine, qui ne dure que si elle respecte fondamentalement les personnes qui la constituent.
Certains souhaiteraient que l’église récompense donc plus clairement les initiatives et la prise de responsabilité dans l’économie, sans lesquelles il ne semble pas pouvoir y avoir de solidarité. Mais la récompense de l’entreprise est terrestre, avant tout. Si l’église n’a pas honte des réussites économiques, elle n’a pas à en faire l’éloge. Il reste toujours fort à faire. Il n’y a jamais assez d’entreprise. C’est la nature même de l’entreprise de ne pas se satisfaire d’elle-même.
L’enseignement social de l’église laisse une grande place à l’initiative économique pour apporter les solutions aux problèmes essentiels du travail, du logement ou tout simplement de l’alimentation. La liberté d’entreprise fait partie des droits de l’homme fondamentaux qui sous-tendent l’espoir de solutions durables à la misère.
Ce que dénonce l’église dans l’économie, c’est le risque d’imposer à des communautés humaines un mode de vie qui ne peut pas durablement les satisfaire. Jean Paul II insistait sur le caractère essentiel de la culture pour protéger l’homme contre les dangers de la modernité. Il appartient aux pouvoirs publics de faire en sorte que les évolutions économiques ne se fassent pas sans un processus de civilisation.
L’Europe a un rôle essentiel à jouer dans ce domaine, puisqu’elle a su, dans une certaine mesure, développer concomitamment une culture nouvelle, depuis la Renaissance, tout en développant de façon inouïe l’entreprise. Il nous faut persévérer en ce sens, pour accroître la richesse et la solidarité dans le monde. L’Europe doit rester entreprenante !

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