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Il faut refaire la fin de Lala Land !

mercredi 20 juin 2018, par comitecic

Lala Land est-il un film inachevé ?

Damien Chazelle, lauréat de 32 ans, s’est peut-être posé cette question devant la fin ratée de la cérémonie des Oscars, qui lui promettait la récompense du meilleur film en plus de celle de meilleur réalisateur.

Tout commence magnifiquement pourtant : les scènes de comédie musicale simples et charmantes, des airs frais du genre de ceux que l’on fredonne indéfiniment, un usage très pertinent de l’artifice avec le retour en arrière pour suivre le parcours séparé des deux amants avant leur rencontre... Tout cela laisse penser que, enfin, on a retrouvé Hollywood.

Et puis les scènes chantées se font de plus en plus rares. Quand Mia réussit à son tour, alors que tout aurait pu s’arrêter, laissant la liberté au spectateur d’inventer la suite, le rythme s’accélère, l’incohérence s’introduit, jusqu’à l’absurde redémarrage du film laissant penser que, si on ne s’embrasse pas au premier instant c’est que forcément l’histoire n’ira pas loin.

Quel dommage ! Certes l’impression d’improvisation a son charme, surtout s’agissant d’un réalisateur amateur de jazz. Le film lui doit certainement son inspiration. Et, c’est vrai, certains improvisateurs de génie ne savaient pas s’arrêter... mais un film n’est pas qu’une improvisation, c’est mentir que le feindre, c’est faire du Tarantino au lieu de faire du Hawks, ou plutôt c’est forcer son talent au lieu d’être soi-même.

Les films inachevés aussi ont leur charme : Queen Kelly de Stroheim à l’époque où Hollywood faisait des folies royales qui se terminaient mal, Zelig de Woody Allen en hommage à l’histoire du peuple juif qui ne se terminera jamais. Mais Lala Land ne prétend pas être une fresque et on a l’impression que la morale du film va à l’encontre des histoires fleuves qui font la grandeur du cinéma : l’histoire d’amour entre Mia et Seb ne se terminera pas uniquement parce qu’elle n’a jamais réellement commencé.

Le caractère décontracté du film est bien sûr son atout majeur dans un paysage hollywoodien bien crispé et torturé par des scénaristes devenus théoriciens. Alors on pourrait très bien dire que tout cela n’est pas grave puisqu’à coup sûr Damien Chazelle est dans la lignée de Minnelli, Ryan Gösling tout à fait digne de Dean Martin et Emma Stone de Shirley MacLaine. Mais alors pourquoi se priver du bonheur de s’aimer pour la vie ?

Nous aimerions que la morale de l’histoire soit que Hollywood balbutie le début d’un nouvel âge d’or avec ce film qui démarre en trombe et finit en queue de poisson. C’est peut-être le cas, mais pour cela il faudra vraiment aller au bout du suspense. Car Jean-Luc Godard, lui aussi, a bien démarré, avant de terminer trop jeune, tel Pierrot le Fou, en percutant à grande vitesse les barrières des lois du cinéma !

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