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L’Europe : fédérale depuis toujours

jeudi 19 mai 2011, par comitecic

Pourquoi parler d’Europe fédérale ?

Parce que l’Europe s’est construite, aux deux étapes clés de son histoire, dans un mouvement de conquête commerciale et d’organisation politique qui sont des constructions fédérales.

Au commencement, l’expansion commerciale phénicienne, et la diffusion de la cité grecque sont à l’origine de l’empire athénien puis de l’expansion de Rome et de Carthage. La mythologie donne un sens à cette double expansion : Europe, fille du roi phénicien de Tyr, conçoit le fameux Rhadamante, juge des enfers, dans la ville crétoise de Gortyne, où naît le premier code juridique des cités grecques, qui inspirera le droit romain. On peut encore visiter la magnifique baie de Matala où Jupiter accoste avec Europe (c’est devenu un lieu de réunion des hippies !).

L’opposition de Rome et de Carthage peut être vue comme l’opposition entre une structure politique et une cité de commerçants : mais cet affrontement a fait la grandeur des deux cités. Dès que Carthage est tombée, la république romaine s’est affaiblie.

La véritable naissance de l’Europe à partir du Xe siècle, sur les ruines de l’empire, est également un double mouvement d’organisation des monarchies nationales et impériale, et de "libération" des cités commerçantes, dont l’une des plus anciennes est celle de Novgorod. Les cités ont recouvert toute l’Europe et, encore aujourd’hui, sont le centre de création des richesses (l’Asie est désormais conquise à ce modèle)

Novgorod est connue pour son village en bois, au pied de la cité princière. Le droit technocratique qui s’invente dans ces cités est tout orienté vers le développement de l’activité économique. Grâce à lui, les grands Etats européens financent leurs grandeurs : Novogorod, peut-être la première démocratie marchande finance la victoire d’Alexandre Nevsky sur les chevaliers teutoniques et marque ainsi le début de la nation russe. Des marchands qui oeuvrent, au-delà de leur opposition à l’aristocratie, pour leur nation : voilà l’origine même de l’Europe et le principe du fédéralisme.

Le grand défi pour le XXIe siècle européen est de sortir de l’orgueil national qui a été porté par les succès obtenus depuis la Renaissance : les formidables avancées de la science et de la technique ont donné l’illusion aux Etats-nations qu’ils incarnaient l’idéal. C’était une erreur, peut-être une résurgence de l’illusion impériale qui avait déjà englouti les civilisations grecque et romaine dans un excès de politique.

L’idéal fédéral a accompagné l’Europe dans ses périodes les plus glorieuses, protégeant les libertés tout en croyant à la construction politique : c’est ce qui a fait la Renaissance. L’empire de cette époque n’était pas un empire mais bien une fédération de monarchies, soucieuses de protéger les échanges entre les nations. On peut peut-être dater du XVIIIe siècle le début des excès nationaux, incarnés par Bonaparte puis Hitler. Le politique y gagne sur les libertés, et la civilisation européenne perd sa solidité. Elle devient globalisante au lieu d’être universelle, et la recherche du savoir s’y coupe de la recherche du bonheur.

Depuis la deuxième guerre mondiale, une lutte majeure pour l’Europe a été engagée, au sein des Etats nations, contre les excès du nationalisme. Cette lutte atteint un sommet avec la crise actuelle des dettes souveraines. Les libertés réapparaissent et conduisent au développement rapide de régions, comme la Bavière, la Lombardie, la région Rhône-Alpes, la Suisse, ou la Bohème, mais aussi la Catalogne et d’autres sans doute. Mais la structuration politique de l’Europe peine à se faire.

Une troisième fois dans son histoire, l’Europe peut reprendre la première place dans l’histoire politique et commerciale de notre planète. Le fera-t-elle, malgré ses démons impériaux ?

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