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L’argent trompeur (Luc, 16, 1-13)

samedi 25 septembre 2010, par comitecic

Bien difficile de comprendre la parabole de l’argent trompeur : Jésus pousse ses disciples à la fois à ne pas se laisser corrompre : "Si vous n’avez pas été dignes de confiance avec l’argent trompeur, qui vous confiera le bien véritable ?", et à ne pas hésiter à jouer de l’argent trompeur : "Faites-vous des amis avec l’argent trompeur, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles."

La première vérité que révèle cette parabole, c’est peut-être que les questions d’argent ne sont jamais simples. Même lorsqu’on croit le mépriser vraiment, on peut en réalité avoir en tête de sombres desseins pour en gagner plus, au détriment de ceux qui ont mieux réussi que nous. Même quand on a su être honnête et généreux, on peut, un jour, céder à la tentation de rafler la mise. Cette tentation est d’autant plus forte qu’on s’est fait une réputation d’honorabilité.

La deuxième vérité serait que, précisément, en ayant conscience de la duplicité de l’homme envers l’argent, on peut se tracer une ligne de conduite qui nous protégera de la faute quelle que soit notre situation :

1) Eviter les tromperies pour s’enrichir - c’est bien difficile voire impossible car il y a toujours une petite part de tromperie dans les relations professionnelles : chacun doit mettre l’accent sur ses forces et dissimuler le plus possible ses faiblesses. Il ne faut pas aller trop loin en ce sens, car on risque d’oublier vraiment ses faiblesses et de ne plus écouter les bons conseils - et de tout perdre : la prudence fait partie des règles de la bonne gestion ;

2) Mais ne pas hésiter à bafouer le culte de l’argent - en donnant toute sa fortune pour les pauvres (pourquoi pas ?), ou en utilisant l’attachement de chacun à l’argent pour améliorer le commerce des hommes : le confort matériel peut aider à se rapprocher de Dieu si l’on est bien conscient qu’il ne faut pas en devenir l’esclave (du confort). Le confort aide à lutter contre les tentations que fait naître en nous la misère, même s’il peut tout autant nous éloigner de Dieu.

L’intérêt de ce texte nous semble donc dépasser les clichés habituels sur la relation du chrétien à l’argent. L’argent n’est pas mauvais en soi, mais il peut déformer l’homme en le détournant de la vérité ; celui qui prend conscience de son attachement à l’argent et s’en libère, pourra faire fructifier l’argent au service de l’amour des hommes. Malgré tout, cette prophétie n’est-elle pas en train de se réaliser ?

2 Messages de forum

  • L’argent trompeur (Luc, 16, 1-13) 24 septembre 2013 07:56, par un pélerin

    Merci pour cette tentative d’explication d’une parabole très complexe. Je donnerai à mon humble niveau les éléments de réflexion suivants : D’un coté Jesus nous dit : vous ne pouvez pas servir Dieu et l’argent. Autrement formulé : l’argent ne doit pas être votre maître. Mais l’argent est une réalité de ce monde et chacun doit faire avec. C’est en ce sens qu’il faut comprendre selon moi le terme "argent trompeur". Jesus ne l’appelle pas "argent", mais "argent trompeur", car la plupart des gens en font leur centre d’intéret principal et c’est en quoi ils se trompent. Beaucoup de chose en ce bas monde deviennent la raison de vivre pour certaines personnes (pouvoir, sexe, nourriture) et sont de fait : "trompeuses". Elle sont des réalités, tout comme l’argent, mais ne doivent pas devenir des "maitres". Faire des affaires avec l’argent trompeur, signifie ainsi selon moi, utiliser l’argent pour faire le bien autour de soi. Pour Dieu ce n’est pas l’argent qui fait le bonheur, mais la seule utilisation valable qu’il puisse avoir, serait de faire le bonheur du prochain. J’ajoute juste un point de désaccord par rapport a ce que je viens de lire. Cela concerne le confort. Je ne pense pas que le confort permette de se rapprocher de Dieu. Je crois qu’il est tout aussi "trompeur" que l’argent. Il est appréciable, certes, et je percois l’idée exprimée selon laquelle il permet d’éviter la jalousie ou l’envie qui peuvent résulter d’une plus grande pauvreté. Néanmoins, je pense, sans l’expérimenter moi meme, étant justement adepte d’un certain confort, que c’est a travers la pauvreté voulue, que l’on se rapproche de Dieu (comme l’a vécu St Francois). Encore merci de nous avoir proposé votre réflexion et je serai heureux de lire vos futurs commentaires.

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    • L’argent trompeur (Luc, 16, 1-13) 23 novembre 2014 12:03, par Choé

      Parabole de l’Argent trompeur -Evangile selon Luc-

      Dans cette parabole, le maitre en est un a qui un gérant doit rendre des comptes après qu’on ait dit du mal de lui au maitre concernant les revenus dits mal gérés.

      Or, ce gérant est dit un gérant habile. Il a bien servi son maitre, au service de sa profession et de l’amas de l’argent de son employeur.

      Mais plutôt que d’y trouver récompense et des remerciements de son maitre, il se fait accuser d’escroquerie. De mauvaise gérance.

      Avoir été au service d’un maitre à l’argent ne lui a pas apporté la satisfaction et la reconnaissance ; il se voit au contraire menacé, par celui qu’il a servi fidèlement, de se retrouver au pavé, réduit à son âge avancé à labourer la terre dans ses vieux jours, n’en ayant ni la force ni la jeunesse. Il s’imagine alors réduit à mendier, au service de l’argent d’abord puis servilement forcé à mendier cet argent, ce qui est pour lui la plus grande humiliation, un vile asservissement, surtout quand il a passé sa vie en faire profiter l’argent du maitre. Il ne trouve pas la récompense du labeur de toute sa vie.

      Se rendant compte de l’injustice, et d’avoir servi un maitre sans reconnaissance, où des années de loyauté honnête sont jetées aux oubliettes au nom d’une rumeur malveillante, il se rend compte qu’il a perdu sa vie à servir ce maitre, puisqu’il finira misérable et puni quand il a donné toutes ces années fidèlement à ce maitre.

      Il se rend compte de sa méprise, d’avoir servi fidèlement un mauvais maitre. Être au service d’un maitre asservi à l’argent n’apportait ni reconnaissance, ni le fruit mérité de ses efforts. Le maitre ne le voyait pas comme fidèle à son service, mais comme au service de son argent. Le serviteur-gérant n’a aucune valeur : seul l’argent en a aux yeux de ce mauvais maitre. Aussi une vie entière de loyaux et honnêtes services font qu’il retire la gérance au serviteur sans même se soucier de cette personne. Une simple rumeur de mauvaise gérance de son cher argent, et le voilà qui congédie l’homme loyal et honnête que son gérant a toujours été.

      Le gérant décide donc de ne plus être asservi à ce maitre-argent, et de ne pas non plus agir comme ce maitre sans reconnaissance ni récompense pour ceux qui sont fidèles et ont travaillé durement et honnêtement, sachant que leur honnêteté ne sera pas récompensée, et ne sera jamais vue à sa juste valeur.

      Il prend sur lui d’effacer une partie de la dette des créanciers. Après tout, c’est son erreur d’avoir cru en ce maitre, et il ne s’attend plus à la justice et la reconnaissance de son maître, car celui-ci lui a montré ce qu’il faisait de la loyauté même quand une simple rumeur non vérifiée pouvait lui faire craindre de perdre son sacré argent.

      En acquittant les créanciers d’une partie de leur dette, le gérant les libère. Il prend sur lui la faute d’avoir servi un mauvais maitre à l’argent, et refuse de faire de même aux créanciers. Il refuse de les menacer, de les juger sans compassion, de risquer de les mettre à la rue, quitte à risquer la colère du maitre asservi au mauvais dieu.

      Chacun des créanciers est honnête : chacun dit honnêtement la dette qu’il doit au maitre. Avec la même honnêteté dont il a lui-même fait preuve devant ce maitre toute sa vie. Il prend donc sur lui le risque de la colère du mauvais maitre-argent : il n’a plus rien à perdre. Mais il ne veut surtout plus se soumettre à ce mauvais maitre.

      Mais le mauvais maitre n’y voit que de l’habileté, et...le félicite ! Honnête, il le méprisait ; malhonnête, il le félicite ! Car ce que ce mauvais maitre voit, c’est l’habileté que le gérant pourrait mettre au service de son argent chéri. Autrement dit, il ne voit pas l’honnêteté passée, il souhaite voir la tromperie et admire ce qu’il trouve habile, ce qui ne fait que prouver que ce maitre n’aime pas le Bien et ne l aimera jamais, car il n’a aucun discernement pour le reconnaître : le maitre sert le mauvais dieu : l argent. Toutes ses valeurs et ses croyances en sont **trompées** et y sont asservies. Il ne distingue plus le bien du mal. En fait il méprise l’honnêteté et admire ce q’il croit être fait dans un but de tromperie. Il ne perçoit même pas le changement de son gérant, le fait qu’il agit ainsi car il connaît maintenant le vrai Dieu et comment l’argent ne sert pas le maitre au coeur trompé par les rumeurs de possibilité de perte de son argent adoré.

      Et cet argent est trompeur puisque le maitre y est si asservi qu’il n’est pas du tout capable de distinguer le bien du mal : son coeur est si tordu à servir le dieu d’argent que quand non seulement son gérant était honnête, il menaçait de le mettre à la rue, mais quand son gérant reconnaissant son erreur refuse de faire comme lui et de menacer les autres, réduisant les dettes des créanciers, pour les récompenser de leur honnête labeur, le maitre-argent se fond d’admiration devant ce que ses valeurs tordues lui font penser qu’il voit : un gérant qu’il voit maintenant comme s’il pouvait déjouer les autres pour mieux l’enrichir, s’il mettait cette ’habileté’, donc cette malhonnêteté qu’il admire maintenant, à son service !

      Le maitre ne voit même pas qu’il a perdu son gérant... Ni son argent ! Il pense comprendre et profiter de ce qu’il imagine fait par malhonnêteté, lui qui au départ accusait à tort son gérant de mauvaise gérance, donc de manque de loyauté quand il était loyal... Alors que lorsque la loyauté du gérant se tourne vers le bon Dieu et tourne le dos au dieu d’argent, le maitre le félicite et veut le récompenser, car il voit de la tromperie qui lui serait profitable...sans même voir qu’il a aussi perdu de l’argent. Bref, le maitre est un ingrat et un insensé très mal éclairé, perdu à lui-même.

      Là est la tromperie. Non pas le geste du gérant, mais l’étourderie du maitre qui croit gagner de l’argent quand il en perd, qui ne sait plus distinguer le Bien du mal, et qui ne sait même plus ou est son propre intérêt ! L’argent est le dieu trompeur qui l’égare et le perd à lui-même.

      Quiconque travaille à asservir son prochain à l’argent sert le mauvais dieu.

      Quiconque se rend compte d’avoir été trompé par l’argent-trompeur et se tourne vers le bon Dieu, quicnque refuse d’y asservir son prochain, comme le gérant, quiconque reconnait s’être égaré et avoir servi le mauvais maitre, et qui de là, se libère de ce joug, et en libère son prochain, il lui sera pardonné, et il sera récompensé ; car le vrai Dieu ne peut pas être l’argent qui aveugle et fait croire à ceux qu’il rend serviles que l’honnêteté est punissable et la malhonnêteté récompensable, tandis que les Hommes ne se rendraient même pas compte qu’ils courent à leur perte —*et* à celle de leur argent aussi, puisque dans cette parabole, le maitre félicite celui qui lui a en réalité fait *perdre* de l argent, complètement dénué de bon jugement, incapable de discernement devant une chose et son contraire.

      Au début de cette parabole, le maitre ne distingue pas le bon dans son gérant ; ensuite, il prend pour malhonnête ce que le gérant a fait, ne comprenant pas le bon motif de son geste, et louant ce qu’il pense avoir été fait par malhonnêteté ; il prend le bon pour le mal, et ensuite admire ce mal qu’il croit être a son profit, alors que son aveuglement lui-même le trompe. D’égaré, le maitre devient perdu à lui même et à son propre intérêt financier !

      On ne peut servir deux maitres à la fois. On ne peut pas être servile *et* éclairé. Si le dieu est l’argent, on devient insensible non seulement aux autres, mais aussi à soi même. Le jugement devient si altéré qu’il en vient dans cette parabole à ne même plus servir l’intérêt du maitre, qui félicite bel et bien en fait son gérant...de lui avoir fait perdre de l’argent ! Se tourner vers le vrai Dieu est doublement récompensé dans cette parabole. Le mauvais maitre se sent redevable à son gérant, et le gérant a libéré du joug de l’argent-trompeur les créanciers.

      Dans cette parabole, Jésus dit de se faire des amis avec l’argent-trompeur. C’est à dire d’agir avec discernement, et de ne las se laisser tromper par le supposé pouvoir de l’argent comme le maitre s’égare et se trompe lui-même, courant à sa perte, mais félicitant le gérant. Se trouver vers le bon Dieu a pourvu aux besoin du gérant (le maitre lui offre de garder son emploi) tout en libérant son prochain de ce pouvoir d’asservissement de l’argent, ET a fait que le mauvais maitre est maintenant redevable en lui-même au gérant, et que les créanciers, eux, sont reconnaissants. En ceci, le gérant s’est affranchi du mauvais dieu tout en restant salarié par le maitre. Tout le monde y gagne sauf le maitre...

      Aussi, le gérant n’est pas allé demander la justice d’un plus riche-asservi que son maitre. Il a corrigé son erreur avec les plus petits que son maitre, portant sur ses épaules la faute qui viendra le libérer et libérer les créanciers de l’asservissement au mauvais dieu, et posant un geste d’amour pour le prochain qu’il ne veut pas punir pour son honnêteté. La reconnaissance de "ces amis" dans cette parabole représente la récompense que le mauvais maitre ne donnait pas : il n’était pas reconnaissant à son gérant pour sa vie de loyaux services, lui. Mais se tourner vers le bon Dieu fait que le gérant vainc l’asservissement tout en continuant son gagne-pain.

      Celui qui est servile ici est le maitre. Le gérant a servi le maitre servile, s’est rendu compte de son erreur, et a changé de dieu pour servir le bon. Il a évité l’asservissement, quitte à commettre une faute qu’il reconnait comme la sienne pour y parvenir, car il veut éviter aux créanciers la même erreur qu’il a faite toute sa vie. Le maitre lui-même devient alors en quelque sorte asservi au gérant par son admiration mal éclairée et il n’est plus une nuisance pour le gérant. Le maitre devient en quelque sorte le serviteur soumis au gérant, et admiratif de lui. L’argent-trompeur n’a plus d’emprise sur le gérant, mais en a encre beaucoup sur le maitre. En ceci l’argent est aussi trompeur : celui qui croit s’enrichir perd son argent dans cette parabole. Le gérant devient maitre de sa vie éternelle. Le mauvais maitre et ses mauvaises valeurs n’auront plus d’emprise sur lui. Le gérant est montre comme plus éclairé que le maitre, et récompense et par le marre et par le bon Dieu.

      Mais le maitre n’aura personne avec qui se réjouir dans la vie éternelle... Alors que le gérant qui a reconnu son erreur et qui a acquitté son prochain du joug qu’il avait par ricochet imposé aux autres du fait même de travailler pour ce maitre, ce gérant dorénavant mieux éclairé aura des amis dans la vie éternelle, ceux qui ne seront pas asservis par l’argent.

      La parabole ici rappelle Jésus qui prend sur lui le péché du monde pour permettre un nouveau départ... Elle rappelle la parabole du lys des champs qui n’a jamais travaillé un seul jour mais que Dieu habille de splendeur. Elle rappelle de chercher d’abord le Royaume des cieux et que le reste sera donné par surcroit. Et non de faire le contraire. On n’a pas besoin d’être riche pour être asservi à l’argent. On n’a qu’à croire que travailler pour son salaire donne le bonheur ou la puissance, et que plus on aura de promotions, plus on aura de pouvoir et on sera heureux. Quitte à manquer de compassion pour les collègues et d’amour et de temps pour son prochain. On s’aliène alors le monde, et on s’aliène soi-même.

      Quand l’argent ne serait plus là, en temps difficile, qu’est-ce qui nous soutiendra ?, demande la parabole. Celui qui prendra sur lui notre dette. Un bon ami.... Spirituellement parlant, Jésus et Dieu.

      Comparer avec : "Fais aux autres ce que tu voudrais qu’on te fasse’ Et avec : "Le sel est bon, certes.... Mais si le sel perd sa saveur, à quoi est-il bon ? On le jette aux porcs et on le foule au pied..." Et avec : "On ne jette pas de perles aux porcs". Et avec : La parabole du lys des champs, qui dit de chercher d’abord le Royaume des cieux, et que le reste viendra par surcroit.

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