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Technique et libre arbitre

mercredi 13 octobre 2010, par comitecic

L’histoire des techniques découvre, plus elle avance, que la diffusion des techniques n’a rien de déterministe. Au contraire, elle révèle une partie des mystères de la nature humaine...

Les paradoxes bien connus du clavier qwerty, qui s’est imposé aux Etats-Unis contre son concurrent pourtant plus efficient, de la Trabant, considérée comme l’automobile idéale et qui a incarné les erreurs de la technocratie est-allemande, ou encore du système binaire en informatique, devenu la norme alors que le système ternaire est théoriquement plus efficace.

Un premier niveau d’analyse, qui reste technocratique, est du type : "On ne peut pas faire le bonheur des hommes contre leur gré". Cette appréciation suppose que certains sont censés savoir ce qu’il faut faire, et les autres non. Elle est cohérente avec l’idée classique selon laquelle la foule peut être manipulée, mais à condition d’y mettre suffisamment d’intelligence.

Pourtant elle contredit une autre analyse classique, selon laquelle la foule doit rester le dernier juge, pour protéger les savants de leurs propres travers, de leurs querelles intestines, ou encore de l’ivresse du pouvoir.

L’idée de "main invisible" nous semble pouvoir faire justice de cette contradiction. Elle ne présuppose pas, en effet, que l’homme de la foule optera naturellement pour la meilleure solution (c’est un peu ce que pense Rousseau, et ce que chacun de nous est souvent amené à croire).

Elle rejette tout autant l’idée d’un plan divin auquel certains savants pourraient accéder, se posant alors comme les meneurs naturels des foules aveugles. Dans les deux cas, l’amour-propre serait mauvais conseiller, et la main serait un peu trop visible.

L’idée de main invisible est que l’homme optera d’autant plus pour la solution la meilleure que les conditions d’exercice de son libre exercice seront réunies. Cette meilleure solution ne correspond pas nécessairement à la meilleure solution théorique, que seuls les savants peuvent atteindre, mais à la meilleure des solutions théoriques capable de préserver, dans l’opinion de chacun, la certitude que son choix restera libre.

Une telle idée est crédible parce que, en préservant cette certitude on prépare les progrès futurs.

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