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C’est (vraiment) la faute à Voltaire !

dimanche 16 décembre 2012, par comitecic

L’étude des peuples doit être reprise là où elle a été laissée avant que le nationalisme ne l’emporte, c’est à dire, en France, à peu près au moment où a commencé la IIIe République. Dans une République laïque dès son démarrage, c’est-à-dire qui a prétendu se construire contre son histoire chrétienne, la fierté nationale a rapidement dérivé vers le nationalisme : le peuple aspire en effet à l’absolu et, s’il ne peut le placer en Dieu, le place dans la nation.

L’histoire moderne, depuis les premières cités libres du Moyen-Age, est celle de la bourgeoisie. On peut dire que l’histoire des peuples est en réalité celle de la bourgeoisie elle-même, se percevant et se réalisant comme la représentation du "tiers état".

Or on entend souvent dire, en France, que la bourgeoisie serait éloignée du peuple, et, responsable des violences de la Révolution française, persisterait à se couper de lui par la remise en cause des valeurs, du vrai, du bien, du beau auxquels il aspire et qui lui donnent la force de progresser (définissons le progrès comme l’extension de la civilisation à un nombre toujours plus grand de personnes).

Cette critique de la bourgeoisie la plus critique d’Europe est justifiée. Toutes les bourgeoisies d’Europe n’ont pas les défauts de la bourgeoisie française : la recherche de l’épanouissement personnel qui caractérise l’éducation bourgeoise ne conduit pas forcément aux excès qui caractérisent la France. Et, par là même, on peut dire que les révolutions que la bourgeoisie doit faire pour réaliser le progrès ne sont, heureusement, pas forcément entachées des violences et des mensonges qui caractérisent les révolutions en France.

La comparaison de deux contes bourgeois, l’un allemand, Jean le Chanceux des frères Grimm, et l’autre français, Memnon de Voltaire peut, si l’on croit à l’unité des peuples, apporter des enseignements.

Dans les deux histoires, un homme, initialement bien doté par la chance, perd tout. Dans la première, il garde une inébranlable confiance, qui peut être rapprochée du "flegme" britannique. Dans l’autre, il en vient à douter radicalement du bon ordre du monde. Dans la première, c’est un homme simple, qui fait l’expérience pesante de la fortune. Dans la deuxième, c’est un homme raffiné, mais faible, qui finit par imputer ses malheurs... au fait que l’homme n’a pas été mis par Dieu au rang qu’il méritait !

On peut penser que ces contes, par l’aura qu’ils ont encore, façonnent les pensées de nos deux peuples. Dans le conte allemand, une certaine philosophie note combien le monde bourgeois, âpre au gain, se prive finalement du bonheur de la pauvreté : cela ne signifie pas que la richesse est un mal, mais qu’il faut en assumer les conséquences ou s’en passer. Dans le conte français, le désespoir naît d’une volonté trop absolue de connaissance, que les forces humaines ne suffisent pas à réaliser, et qui bute au contraire contre d’incontournables faiblesses morales.

Il y a quelque chose à changer dans l’éducation du peuple français...

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