Comité Cicéron
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La lutte contre l’exclusion demande du temps

samedi 6 décembre 2008, par comitecic

L’interview de Xavier Emmanuelli donnée pendant la période de froid de la fin novembre manifeste une pensée profonde qui commence à être entendue, ou du moins qui peut aujourd’hui s’exprimer sans paraître scandaleuse : nous avons tous, individuellement et pas seulement collectivement, une responsabilité dans le phénomène de l’exclusion. Xavier Emmanuelli, en évoquant avec rudesse l’aspect psychiatrique de l’exclusion, nous révèle à nous-même le rejet spontané, que chacun a pu expérimenter dans sa vie, des personnes fragiles, au comportement surprenant ou décevant. Il est toujours tentant de prendre sur ses personnes la revanche de nos échecs.

Naturellement la question du logement doit être réglée (mais selon nous plus par une libéralisation de la construction que par le HLM de Sisyphe, qu’il faut reconstruire dès qu’il a été achevé car il ne suffit jamais). Mais l’exclusion est autre chose. Elle ne peut pas forcément être guérie, en revanche elle peut être soignée, c’est-à-dire traitée avec soin. On comprend donc la difficulté du ramassage forcé des sans-abri les soirs de grand froid. Certainement, les deux positions se tiennent : respecter l’exclu dans son libre arbitre, ou le sauver de force de la mort possible. Il semble que les deux positions sont inspirées par le même humanisme.

Mais on se situe là déjà en fin de processus : c’est bien avant qu’il faudrait sauver ces personnes : en les recrutant quand on est patron, on les protégeant quand on est la famille ou le voisinage. Pour cela il faut du temps, et la crise actuelle va certainement permettre la prise de conscience que ce temps est disponible. C’est ainsi que nous comprenons le message de Xavier Emmanuelli, qui est aussi celui de Nicolas Sarkozy et plus bien révolutionnaire que tout autre : la crise révèle une tentation productiviste qui, dans l’agriculture, dans l’industrie et même dans les services, épuise les hommes et leurs ressources, crée des envies inutiles, détourne des fondements de la société, et au final creuse les inégalités.

La solution n’est pas dans la redistribution, car quand on redistribue on a intérêt à la croissance la plus rapide, et on s’interdit de changer le système. La solution est dans l’économie, au sens de l’économie des moyens, le refus des raffinements inutiles. C’est dans cette recherche permanente de la simplicité que l’individu trouve les ressources pour équilbrer le progrès technique par le progrès humain. Sans simplicité, l’esprit de sélection s’impose rapidement et broie ceux qui n’y satisfont pas.

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